Des terres agricoles dans les nuages : ce qu’est vraiment Canhas
Canhas se niche dans les collines juste au-dessus de Ponta do Sol, sur la ceinture de pentes cultivées qui grimpe de la côte sud vers l’intérieur de Madère. Le village appartient pleinement à l’ouest de l’île, cette même zone que couvre un circuit d’une journée dans l’ouest de Madère, qui englobe aussi Ribeira Brava, Calheta et Madalena do Mar.
Ce qui justifie de nommer Canhas sur une carte, plutôt que de le fondre silencieusement dans le trajet, c’est sa vocation : il s’agit d’une région agricole, travaillée en terrasses étroites sur un terrain escarpé, qui se trouve aussi sur la route qu’empruntent la plupart des voyageurs en voiture pour rejoindre le plateau de Paul da Serra.
Il faut être clair sur ce que Canhas n’est pas. Il n’a ni monument unique, ni point de vue balisé attirant les cars de touristes, ni cascade ou bassin qui ancrerait une visite comme le font les 25 Fontes ou les piscines de Porto Moniz plus loin sur la côte. Les guides qui présentent Canhas comme une destination à part entière, ou qui promettent des panoramas grandioses depuis ses ruelles, en font trop. Ce que le lieu offre en réalité, c’est un aperçu authentique de la manière dont cette partie de l’île continue de se nourrir elle-même, ainsi qu’un endroit naturel et sans hâte pour couper une longue route avant qu’elle ne grimpe vers les montagnes.
Des terrasses, pas un bar en terrasse : comment la terre est travaillée
Le trait caractéristique de Canhas et des pentes alentour, c’est le poio, la terrasse en pierre sèche taillée dans les collines de Madère depuis les tout premiers temps de la colonisation portugaise de l’île, au XVe siècle. Sur un terrain aussi escarpé, un champ plat n’existe tout simplement pas à l’état naturel : des générations de paysans en ont donc construit, mur après mur, entassant la terre derrière des murets de soutènement jusqu’à faire grimper le long de la montagne un escalier de petites parcelles. Autour de Canhas, cet escalier porte bananiers et vignes plus bas, là où le microclimat est le plus chaud, cédant la place aux légumes, aux arbres fruitiers et aux petites exploitations à mesure que l’altitude augmente.
Rien de tout cela ne serait possible sans eau, ce qui relie les terrasses de Canhas à l’histoire du reste de l’île : le réseau des levadas. Ces canaux d’irrigation, creusés à partir du XVe siècle pour amener l’eau du nord humide vers le sud sec, traversent ces terres agricoles et les surplombent, les alimentant goutte à goutte le long de tracés qui suivent les courbes de niveau. Comprendre le fonctionnement réel des levadas aide à donner du sens à ce paysage, même sans jamais poser le pied sur l’une d’elles près de Canhas — l’eau de ces terrasses est presque certainement arrivée grâce au même génie hydraulique qui porte les randonneurs à travers les montagnes ailleurs sur l’île.
Parce que les terrasses sont encore cultivées, et non entretenues comme une pièce de musée, ce que l’on y voit change avec la saison et le temps. Une période sèche laisse apparaître la terre rouge et la pierre à nu ; après la pluie, ces mêmes pentes virent à un vert profond et saturé. Aucun de ces états n’est plus « authentique » que l’autre, et aucun ne devrait être promis à l’avance — ce sont des terres de travail, pas un jardin paysager.
Comment y accéder depuis la côte
Canhas se rejoint le plus facilement en voiture. Depuis Funchal, l’itinéraire le plus rapide suit la VR1 vers l’ouest en passant par Ribeira Brava, avant de bifurquer vers l’intérieur et de grimper sur des routes secondaires : compter environ trente-cinq à quarante-cinq minutes selon la circulation dans les tunnels côtiers. Depuis Ponta do Sol elle-même, la montée vers Canhas est courte mais raide, serpentant à travers les terrasses sur une route étroite, et se termine en une dizaine de minutes.
Les transports en commun ne desservent que faiblement cette zone : les bus couvrent bien mieux les bourgs côtiers principaux que les hameaux agricoles perchés au-dessus, si bien qu’une voiture de location est quasiment indispensable si Canhas figure sur votre liste. Si vous n’avez jamais conduit à Madère, mieux vaut lire le guide pratique de la conduite sur l’île avant de partir — pentes raides, épingles à cheveux et tronçons étroits à voie unique y sont la norme, pas l’exception, et bien choisir sa voiture de location compte davantage sur des routes comme celle-ci que sur la côte sud, plus plate.
La route vers Paul da Serra
La principale raison pour laquelle la plupart des voyageurs traversent Canhas, c’est que le village se trouve sur l’un des axes qui montent de la côte sud vers le plateau de Paul da Serra, la seule étendue de terrain ouvert et de haute altitude de Madère. Depuis les terrasses autour de Canhas, la route prend de l’altitude rapidement, et le paysage change avec elle : les pentes cultivées cèdent la place à la forêt de lauriers, puis à la lande nue et balayée par le vent du plateau lui-même.
Cette page n’est délibérément pas le lieu pour décrire ce plateau en détail — sa platitude, son vent, ou la brume qui s’amasse autour de Fanal à sa lisière — cela relève de la page dédiée à Paul da Serra, qu’il vaut mieux lire avant de s’engager dans la montée. Ce qui compte ici, c’est la transition : Canhas et les terres agricoles alentour marquent l’endroit où la Madère cultivée et habitée que vous traversiez commence à s’estomper, et où le caractère de l’île passe du village et de la terrasse à la lande ouverte. Considérez la traversée de Canhas comme l’approche, pas comme l’événement, et gardez vos attentes pour ce qui se trouve plus haut.
Un point pratique redescend du plateau jusqu’à Canhas : le temps peut basculer vite avec l’altitude. Le soleil sur la côte, à Ponta do Sol, ne dit rien de fiable sur les conditions quelques centaines de mètres plus haut, et les nuages peuvent envahir la route en altitude en quelques minutes. Il est judicieux de vérifier ce que font les montagnes et comment s’habiller pour elles avant de s’engager sur toute la montée, et de garder un plan de repli sur la côte si la route en altitude est prise dans les nuages.
Marcher près de Canhas : levadas, permis et attentes réalistes
Canhas lui-même n’est pas un point de départ de randonnée, et aucun sentier PR officiel ne commence dans le village. Les marcheurs qui explorent ce côté de l’île sont mieux servis un peu plus loin, en particulier du côté de Serra de Água, où des itinéraires balisés suivent le réseau de levadas à travers des vallées escarpées et boisées. Une
randonnée guidée le long d’une levada pittoresque autour de Serra de Água
est un moyen pratique de découvrir ce type de terrain sans naviguer seul dans les tunnels et les passages exposés, et se combine facilement avec une matinée passée sur les terrasses de Canhas.
Pour une sortie plus longue et plus sauvage, une
randonnée guidée vers quelques cascades cachées de Madère
couvre un terrain similaire côté ouest, plus loin dans les vallées, toujours avec un guide qui gère la navigation et les décisions de sécurité qu’exigent les itinéraires peu balisés ou méconnus.
Quel que soit l’itinéraire le long d’une levada choisi dans cette partie de l’île, rappelez-vous que les sentiers PR officiels de Madère ne sont plus gratuits depuis août 2021 : comptez environ trois euros par personne, par sentier, par jour, à réserver en ligne à l’avance et vérifiés sur place. Les règles complètes sur les permis et les frais de sentier méritent d’être lues avant de planifier une journée de randonnée ici, car c’est le détail qui piège le plus souvent les visiteurs de passage. Les sentiers ferment aussi après de fortes pluies ou des chutes de pierres, mieux vaut donc vérifier les conditions du moment plutôt que de supposer qu’un itinéraire figurant sur une carte est ouvert.
La place de Canhas dans une journée sur la côte ouest
La meilleure façon d’envisager Canhas est comme une étape au sein d’une boucle plus longue, plutôt que comme une destination qui justifierait une sortie à elle seule. Une journée type pourrait partir de Funchal le long de la côte en passant par Ribeira Brava, monter jusqu’aux terrasses de Canhas, poursuivre vers la route du plateau aussi loin que le temps et les conditions le permettent, puis redescendre pour terminer à Calheta ou au village de pêcheurs de Paul do Mar, sur la côte ouest. Un itinéraire complet pour une journée dans l’ouest de Madère détaille ce type de circuit, avec Canhas comme l’une des étapes parmi d’autres plutôt que comme le point d’orgue.
Pour les voyageurs qui préfèrent laisser la conduite et la planification de l’itinéraire à quelqu’un d’autre, un
circuit en jeep au coucher du soleil jusqu’à Paul do Mar
couvre une grande partie de ce même terrain côtier à l’ouest, calé pour s’achever sur la côte à la tombée de la lumière. Les activités autour de Paul do Mar complètent les options à cette extrémité du parcours pour qui souhaite prolonger la journée au-delà des terres agricoles de Canhas.
Aspects pratiques : budget, timing et ce qu’il faut emporter
Une étape à Canhas ne coûte presque rien en dehors du carburant et du temps — il n’y a aucun droit d’entrée pour le village ou les terrasses, et le seul frais à prévoir est le permis de sentier si vous poursuivez ensuite sur un itinéraire PR officiel ailleurs. Pour une boucle d’une demi-journée dans cette région, carburant, pause café et déjeuner simple compris, comptez environ quarante à soixante-dix euros par personne, la voiture de location restant le principal poste séparé.
Les meilleurs mois pour voir les terrasses à leur plus vert vont d’avril à juin, puis de septembre à octobre, évitant à la fois la période la plus sèche du cœur de l’été et les semaines les plus humides et nuageuses du plein hiver. Même ainsi, aucune saison ne garantit ici une montée dégagée jusqu’en haut : prévoyez une couche supplémentaire pour l’altitude, surveillez les nuages qui s’amassent sur les collines, et accueillez avec scepticisme toute promesse de panorama ouvert depuis Canhas même — les vraies vues, quand le temps le permet, appartiennent au plateau au-dessus, pas aux terres agricoles que l’on traverse pour l’atteindre.
Canhas et la route vers Paul da Serra : vos questions
Canhas vaut-il un déplacement spécial à lui seul ?
Pas vraiment. Canhas n’a pas de site phare unique, et trouve sa place dans un itinéraire comme étape sur la route entre Ponta do Sol et le plateau de Paul da Serra, plutôt que comme destination autonome.
Qu’y a-t-il réellement à voir à Canhas ?
Des exploitations en terrasses qui grimpent le long de la pente, de petites chapelles, et des terres agricoles vivantes où poussent vignes, bananiers et légumes sur des terrains trop pentus pour les machines. C’est un paysage de travail, pas un point de vue aménagé.
Peut-on marcher de Canhas jusqu’au plateau de Paul da Serra ?
Aucun sentier PR officiel balisé ne part directement de Canhas vers le plateau. Les marcheurs montent généralement en voiture et démarrent depuis un départ de sentier balisé plus haut sur la route, Canhas ne servant que de point de passage en contrebas.
Y a-t-il une randonnée le long d’une levada près de Canhas ?
Les randonnées balisées le long des levadas les plus proches se trouvent du côté de Serra de Água et de Ribeira Brava, plutôt qu’à Canhas même. Il est plus juste de voir Canhas comme des terres agricoles que traverse le réseau de levadas que comme une destination de randonnée à part entière.
Comment descendre de Canhas jusqu’à Ponta do Sol ?
C’est une descente courte et pentue d’une dizaine de minutes jusqu’à la côte, à Ponta do Sol, en suivant des routes secondaires à travers les terrasses avant de rejoindre l’axe côtier principal.
Faut-il un permis pour marcher près de Canhas ?
Seulement si l’on emprunte l’un des sentiers PR officiels de Madère, qui nécessitent un permis payant réservé à l’avance depuis août 2021. Simplement traverser ou s’arrêter à Canhas ne demande aucun permis.
La route de Canhas vers Paul da Serra est-elle ouverte en hiver ?
En général oui, mais elle grimpe rapidement dans les nuages et peut être fermée ou dangereuse après de fortes pluies. Il vaut mieux vérifier les conditions avant de s’engager sur la route en altitude entre novembre et mars.
Où loger pour explorer cette région ?
La plupart des voyageurs s’installent sur la côte, à Ponta do Sol, Calheta ou Ribeira Brava, et considèrent Canhas comme une étape d’une journée de route plutôt que comme un lieu de séjour dans les terres agricoles elles-mêmes. Pour ceux qui veulent découvrir la région au sens large — terrasses, vallées et route du plateau réunies — de façon privée et guidée, un
circuit privé en 4x4 sur une journée complète
est une option pratique qui évite d’avoir à négocier soi-même les tronçons les plus escarpés.


